“Il était une foi…” – témoignage

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“Il était une foi…” – témoignage 2013-11-08T16:15:10+00:00

Qui n’a pas en mémoire de ces histoires fascinantes, qui ont jalonné le temps de son enfance ? Le Chat botté, Peau d’Ane, Barbe-bleue… Autant de personnages typés, qui nous ont touchés un jour ou l’autre et qui, peut-être continuent à laisser pensif notre enfant intérieur. Leur côté attachant nous faisait rêver, leur cruauté nous effrayait, voire nous révoltait ; rarement ils nous laissaient indifférents.

 

Mais quel rapport avec la vie monastique ? Une soeur a revisité sous forme de témoignage la vie de sa communauté à la lumière du conte du Petit Chaperon Rouge.

 

Traverser la forêt…

« Les contes de fées révèlent des vérités cachées, situations et personnages représentent des traits de nos intrigues humaines, de nos cheminements intérieurs, de nos fantasmes. Ce n’est pas fou de procéder à des identifications symboliques.  Et notre vie monastique, au risque d’en choquer certains, n’est rien d’autre qu’une version « live » du Petit Chaperon Rouge ! Comment cela ? Eh bien, voilà : Le petit chaperon rouge, c’est moi, Sœur Sagrippa*, c’est chacune de mes sœurs. Ma mère, c’est « ma voix intérieure », c’est la sœur qui me sollicite, soit par une demande directe, soit en interrogeant sans mot dire, mon sens du devoir. Ma grand mère, c’est mon prochain, les « autres » et encore chacune de mes sœurs. » Mais Sœur Sagrippa tient à préciser : «Quoiqu’étant forcément le « prochain » de quelqu’un, nous ne sommes pas toutes des grand-mères, mais d’abord des moniales. Même si dans la langue italienne « nonna » est un faux-ami signifiant « grand-mère » et non pas « nonne » comme on pourrait s’y attendre !..»

Puis, poursuivant sa comparaison : « La forêt, c’est la vie au monastère, avec ses moments de bonheur et ses embûches, ses éclaircies, ses ronces et ses chemins obscurs. Il faut la traverser pour aller au-delà… vers la lumière. Elle se cherche, la lumière ! Et se gagne !

Les deux chemins qui s’offrent au petit chaperon rouge et au loup, représentent pour moi les voies du bien et du mal ; nous avons toujours un discernement à opérer entre les deux, dans toutes nos entreprises, grandes ou petites… Sommes-nous sûrs de prendre toujours le bon sentier ?

Le loup, c’est le malin, celui qui nous guette tout le long du jour et cherche à faire de nous ses proies ; c’est celui qui bluffe pour arriver à ses fins, ce sont les forces du mal ; qui que nous soyons, elles nous habitent tous et nous entourent. Le chasseur, qui nous en délivre c’est Dieu, c’est Jésus-Christ, le Sauveur. Notre règle de vie écrite par saint Benoît au VIème siècle a beau nous enjoindre de « ne rien préférer à l’amour du Christ », nous sommes et restons de pauvres pécheurs, qui avons toujours besoin d’être sauvés de « quelque-chose», si ce n’est de quelqu’un !

Encore une fois, même dans la vie monastique nous sommes chacune tour à tour « le loup », « la grand-mère », « le petit chaperon rouge », voire «le chasseur » pour nos soeurs » ajoute Soeur Sagrippa avec un sourire. « Et c’est sans compter avec nos caractères plutôt bien trempés, dans l’ensemble ! » Ah tiens… « Oh que oui ! » Comment alors, cela peut-il marcher ? « Humainement on peut se le demander. C’est là tout un mystère. Mais Dieu est plus grand que nous, Il nous rattrape toujours pour « nous montrer sa route et nous diriger par sa vérité » (Ps 24). Cela tient parce que notre plus profond désir, c’est Lui et qu’en dernier ressort c’est toujours à Lui que nous revenons. C’est sûr que nous avons toujours et sans cesse à réajuster le curseur, mais au bout du compte, c’est Dieu qui nous tient, c’est sa grâce, tout simplement. »

 

Une veille dans l’attente…

La vie monastique, vue de l’extérieur, n’apparaît pas si simple, justement. Offices liturgiques et activités semblent s’enchaîner à un rythme effréné. « Notre emploi du temps est assez morcelé, c’est vrai, et nous avons toujours à résister à l’agitation qui nous guette » reconnaît Sœur x. La cloche réveille les sœurs dès 4 heures du matin pour les rassembler à la chapelle 20 minutes plus tard. C’est avant le lever du jour, en effet, qu’elles prient ensemble les Vigiles, symbolisant leur veille dans l’attente du retour glorieux du Christ. « Si, » rétorque Sœur x, « notre vie est très simple, c’est nous qui sommes compliquées  parce que nous avons une forêt épaisse et pleine de loups au fond du cœur. Mais au tréfonds de la clairière, avec sa lampe toujours incandescente il y a la petite maison du chasseur, qui lui, ne nous laisse jamais à la porte si nous y frappons. Lorsque nous en franchissons le seuil pour trouver le repos intérieur, tout en nous s’apaise, se simplifie. Le loup, pour un temps, est mis hors d’état de nuire. Notre âme alors se déplisse. Etymologiquement, ’simple’ signifie ‘sans plis’. »

C’est peut-être pour retrouver quelque-chose de cette simplicité que de nombreuses personnes rejoignent ND de Baumgarten, le temps d’un office ou pour quelques jours de ressourcement. On ne trouve pas Dieu uniquement au monastère, « Dieu soit loué ! » s’exclame Soeur Agrippa, mais les abbayes sont pourtant des lieux privilégiés pouvant offrir des valeurs devenues plus rares dans le monde.

C’est en vue de les retrouver d’abord pour elles mêmes que les quinze moniales de la communauté ont quitté Ergersheim en 2009. Le village en expansion et la circulation routière intensifiée ne procuraient plus à la communauté et à ses visiteurs le silence et le recueillement nécessaires à leur vie contemplative. De plus, la maison était devenue trop vaste pour quinze personnes. « Nous avons changé de lieu, certes, mais notre mission, elle, reste la même : offrir à Dieu louange et action de grâce… porter devant lui les cris, les peines, mais aussi les joies de tous les humains. Au monde qui se demande souvent à quoi nous pouvons bien servir, nous pourrions répondre que nous ne servons à rien d’autre qu’à cela, mais que nous servons à tout cela. S’il n’y avait ni monastères, ni personnes engagées pour y vivre une vie religieuse et spirituelle, il manquerait des lieux de respiration pour le monde. Voilà notre raison d’être : intercéder pour ce monde qui est le nôtre, chercher Dieu dans le retrait et la solitude et le « partager »  dans une communion fraternelle avec tous. »

Pour autant les moniales ne vivent pas repliées sur elles-mêmes. Cinq sœurs sont membres du comité directeur de l’Association des Amis de l’Abbaye  créée le 26 mars 2011. Elles sont vice-présidente, secrétaire adjointe, trésorière adjointe, assesseurs. « Nous avons la chance d’être largement soutenues par l’association des amis qui nous conseillent, nous secondent dans la mise en œuvre de certains projets, qu’ils soient matériels, spirituels ou culturels. Des bénévoles non adhérents à l’association sont toujours prêts eux aussi à voler à notre secours lorsqu’une tuile nous tombe dessus. C’est dans une belle collaboration, forts de leur savoir-faire, qu’ils nous font le don de leurs compétences dans les domaines les plus divers. Ou encore, tout simplement, ils viennent partager notre prière et nous offrent leur amitié”.

 

Tout doit être éclairé par un regard de foi…

Deux ateliers de confection, l’un d’ornements (nappes d’autel, voiles de lutrin) et de vêtements liturgiques (chasubles et étoles), l’autre d’aubes pour prêtres, communiants et confirmands  constituent la source de revenus de la communauté. S’y ajoute l’apport des retraites des sœurs. Matériel, économique, spirituel… Il existe une interaction entre ces trois dimensions de leur vie monastique et tout dans l’abbaye doit être éclairé par un regard de foi.

Pour vivre une vie spirituelle et fraternelle “libre” elles ont à considérer et toujours à revoir leur rapport au choses matérielles qui demandent leur respect, et aux moyens qui leur sont offerts : le silence “qui nous plonge dans un mystère d’écoute” la solitude, “nécessaire pour un autre type de présence les unes aux autres comme aussi pour vivre la présence universelle”, le travail nécessaire pour subvenir aux besoins de la communauté et partager avec les plus nécessiteux.

“Pour qui se livre à l’action de l’Esprit, il n’y a pas de cloisonnement étanche entre des activités spirituelles et d’autres, profanes ; le service fraternel ne concurrence pas le service de Dieu. Tout peut devenir chemin pour aimer, tout peut délivrer une trace de la présence de l’Aimé.” Finalement, toutes les observances monastiques, la séparation du monde, le silence, l’office liturgique, la prière continuelle, tout a pour but de faire revenir la moniale à l’intérieur d’elle-même, dans l’unité de son être. « Oui, et c’est cette unité intérieure qui nous est promise par saint Benoît. A condition que nous répondions à son invitation. Mais n’est-il pas vrai qu’elle nous saute aux yeux du corps et à l’oreille du cœur lorsque nous ouvrons le livre de sa Règle ? « Ecoute… »

 

                            ND de Baumgarten,  Mai 2012

 Qui n’a pas en mémoire de ces histoires fascinantes, qui ont jalonné le temps de son enfance ? Le Chat botté, Peau d’Ane, Barbe-bleue… Autant de personnages typés, qui nous ont touchés un jour ou l’autre et qui, peut-être continuent à laisser pensif notre enfant intérieur. Leur côté attachant nous faisait rêver, leur cruauté nous effrayait, voire nous révoltait ; rarement ils nous laissaient indifférents.

 

Mais quel rapport avec la vie monastique ? Une soeur a revisité sous forme de témoignage la vie de sa communauté à la lumière du conte du Petit Chaperon Rouge.

 

Traverser la forêt…

« Les contes de fées révèlent des vérités cachées, situations et personnages représentent des traits de nos intrigues humaines, de nos cheminements intérieurs, de nos fantasmes. Ce n’est pas fou de procéder à des identifications symboliques.  Et notre vie monastique, au risque d’en choquer certains, n’est rien d’autre qu’une version « live » du Petit Chaperon Rouge ! Comment cela ? Eh bien, voilà : Le petit chaperon rouge, c’est moi, Sœur Sagrippa*, c’est chacune de mes sœurs. Ma mère, c’est « ma voix intérieure », c’est la sœur qui me sollicite, soit par une demande directe, soit en interrogeant sans mot dire, mon sens du devoir. Ma grand mère, c’est mon prochain, les « autres » et encore chacune de mes sœurs. » Mais Sœur Sagrippa tient à préciser : «Quoiqu’étant forcément le « prochain » de quelqu’un, nous ne sommes pas toutes des grand-mères, mais d’abord des moniales. Même si dans la langue italienne « nonna » est un faux-ami signifiant « grand-mère » et non pas « nonne » comme on pourrait s’y attendre !..»

Puis, poursuivant sa comparaison : « La forêt, c’est la vie au monastère, avec ses moments de bonheur et ses embûches, ses éclaircies, ses ronces et ses chemins obscurs. Il faut la traverser pour aller au-delà… vers la lumière. Elle se cherche, la lumière ! Et se gagne !

Les deux chemins qui s’offrent au petit chaperon rouge et au loup, représentent pour moi les voies du bien et du mal ; nous avons toujours un discernement à opérer entre les deux, dans toutes nos entreprises, grandes ou petites… Sommes-nous sûrs de prendre toujours le bon sentier ?

Le loup, c’est le malin, celui qui nous guette tout le long du jour et cherche à faire de nous ses proies ; c’est celui qui bluffe pour arriver à ses fins, ce sont les forces du mal ; qui que nous soyons, elles nous habitent tous et nous entourent. Le chasseur, qui nous en délivre c’est Dieu, c’est Jésus-Christ, le Sauveur. Notre règle de vie écrite par saint Benoît au VIème siècle a beau nous enjoindre de « ne rien préférer à l’amour du Christ », nous sommes et restons de pauvres pécheurs, qui avons toujours besoin d’être sauvés de « quelque-chose», si ce n’est de quelqu’un !

Encore une fois, même dans la vie monastique nous sommes chacune tour à tour « le loup », « la grand-mère », « le petit chaperon rouge », voire «le chasseur » pour nos soeurs » ajoute Soeur Sagrippa avec un sourire. « Et c’est sans compter avec nos caractères plutôt bien trempés, dans l’ensemble ! » Ah tiens… « Oh que oui ! » Comment alors, cela peut-il marcher ? « Humainement on peut se le demander. C’est là tout un mystère. Mais Dieu est plus grand que nous, Il nous rattrape toujours pour « nous montrer sa route et nous diriger par sa vérité » (Ps 24). Cela tient parce que notre plus profond désir, c’est Lui et qu’en dernier ressort c’est toujours à Lui que nous revenons. C’est sûr que nous avons toujours et sans cesse à réajuster le curseur, mais au bout du compte, c’est Dieu qui nous tient, c’est sa grâce, tout simplement. »

 

Une veille dans l’attente…

La vie monastique, vue de l’extérieur, n’apparaît pas si simple, justement. Offices liturgiques et activités semblent s’enchaîner à un rythme effréné. « Notre emploi du temps est assez morcelé, c’est vrai, et nous avons toujours à résister à l’agitation qui nous guette » reconnaît Sœur x. La cloche réveille les sœurs dès 4 heures du matin pour les rassembler à la chapelle 20 minutes plus tard. C’est avant le lever du jour, en effet, qu’elles prient ensemble les Vigiles, symbolisant leur veille dans l’attente du retour glorieux du Christ. « Si, » rétorque Sœur x, « notre vie est très simple, c’est nous qui sommes compliquées  parce que nous avons une forêt épaisse et pleine de loups au fond du cœur. Mais au tréfonds de la clairière, avec sa lampe toujours incandescente il y a la petite maison du chasseur, qui lui, ne nous laisse jamais à la porte si nous y frappons. Lorsque nous en franchissons le seuil pour trouver le repos intérieur, tout en nous s’apaise, se simplifie. Le loup, pour un temps, est mis hors d’état de nuire. Notre âme alors se déplisse. Etymologiquement, ’simple’ signifie ‘sans plis’. »

C’est peut-être pour retrouver quelque-chose de cette simplicité que de nombreuses personnes rejoignent ND de Baumgarten, le temps d’un office ou pour quelques jours de ressourcement. On ne trouve pas Dieu uniquement au monastère, « Dieu soit loué ! » s’exclame Soeur Agrippa, mais les abbayes sont pourtant des lieux privilégiés pouvant offrir des valeurs devenues plus rares dans le monde.

C’est en vue de les retrouver d’abord pour elles mêmes que les quinze moniales de la communauté ont quitté Ergersheim en 2009. Le village en expansion et la circulation routière intensifiée ne procuraient plus à la communauté et à ses visiteurs le silence et le recueillement nécessaires à leur vie contemplative. De plus, la maison était devenue trop vaste pour quinze personnes. « Nous avons changé de lieu, certes, mais notre mission, elle, reste la même : offrir à Dieu louange et action de grâce… porter devant lui les cris, les peines, mais aussi les joies de tous les humains. Au monde qui se demande souvent à quoi nous pouvons bien servir, nous pourrions répondre que nous ne servons à rien d’autre qu’à cela, mais que nous servons à tout cela. S’il n’y avait ni monastères, ni personnes engagées pour y vivre une vie religieuse et spirituelle, il manquerait des lieux de respiration pour le monde. Voilà notre raison d’être : intercéder pour ce monde qui est le nôtre, chercher Dieu dans le retrait et la solitude et le « partager »  dans une communion fraternelle avec tous. »

Pour autant les moniales ne vivent pas repliées sur elles-mêmes. Cinq sœurs sont membres du comité directeur de l’Association des Amis de l’Abbaye  créée le 26 mars 2011. Elles sont vice-présidente, secrétaire adjointe, trésorière adjointe, assesseurs. « Nous avons la chance d’être largement soutenues par l’association des amis qui nous conseillent, nous secondent dans la mise en œuvre de certains projets, qu’ils soient matériels, spirituels ou culturels. Des bénévoles non adhérents à l’association sont toujours prêts eux aussi à voler à notre secours lorsqu’une tuile nous tombe dessus. C’est dans une belle collaboration, forts de leur savoir-faire, qu’ils nous font le don de leurs compétences dans les domaines les plus divers. Ou encore, tout simplement, ils viennent partager notre prière et nous offrent leur amitié”.

 

Tout doit être éclairé par un regard de foi…

Deux ateliers de confection, l’un d’ornements (nappes d’autel, voiles de lutrin) et de vêtements liturgiques (chasubles et étoles), l’autre d’aubes pour prêtres, communiants et confirmands  constituent la source de revenus de la communauté. S’y ajoute l’apport des retraites des sœurs. Matériel, économique, spirituel… Il existe une interaction entre ces trois dimensions de leur vie monastique et tout dans l’abbaye doit être éclairé par un regard de foi.

Pour vivre une vie spirituelle et fraternelle “libre” elles ont à considérer et toujours à revoir leur rapport au choses matérielles qui demandent leur respect, et aux moyens qui leur sont offerts : le silence “qui nous plonge dans un mystère d’écoute” la solitude, “nécessaire pour un autre type de présence les unes aux autres comme aussi pour vivre la présence universelle”, le travail nécessaire pour subvenir aux besoins de la communauté et partager avec les plus nécessiteux.

“Pour qui se livre à l’action de l’Esprit, il n’y a pas de cloisonnement étanche entre des activités spirituelles et d’autres, profanes ; le service fraternel ne concurrence pas le service de Dieu. Tout peut devenir chemin pour aimer, tout peut délivrer une trace de la présence de l’Aimé.” Finalement, toutes les observances monastiques, la séparation du monde, le silence, l’office liturgique, la prière continuelle, tout a pour but de faire revenir la moniale à l’intérieur d’elle-même, dans l’unité de son être. « Oui, et c’est cette unité intérieure qui nous est promise par saint Benoît. A condition que nous répondions à son invitation. Mais n’est-il pas vrai qu’elle nous saute aux yeux du corps et à l’oreille du cœur lorsque nous ouvrons le livre de sa Règle ? « Ecoute… »

 

                            ND de Baumgarten,  Mai 2012